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Violence et discriminations restent les deux principaux problèmes

Il y a seulement un quart de siècle, les relations sexuelles entre hommes étaient punissables d’emprisonnement dans la plupart des pays des Balkans occidentaux. Au contraire de l’Europe occidentale, les autorités de la région n’étaient souvent pas intéressées par des punitions systématiques des hommes homosexuels, il y avait beaucoup de pressions et d’arrestations tandis que le harcèlement était une réalité. La dépénalisation de l’homosexualité a été une étape importante, mais cela n’a pas été suffisant. Au cours de ces deux dernières décennies, les autorités de tous ces pays ont, lentement mais sûrement, fait passer des lois garantissant explicitement une protection contre les discriminations basées sur l’orientation sexuelle des citoyens. Malheureusement, ce processus n’a pas entièrement abouti et il n’y a souvent aucune bonne raison pour expliquer l’absence de certaines lois.

La communauté LGBT est souvent insatisfaite du fait que ces changements positifs dans les Balkans occidentaux ont fait partie du processus de réforme dans le cadre de l’intégration européenne. C’est un fait encore aujourd’hui alors que la région est plus proche de l’Union européenne. Malgré des différences, les six pays de la région ont des systèmes législatifs similaires concernant la protection des droits de l’homme de la communauté LGBT qui sont parfois avancés en comparaison avec les pays de  l’Union européenne. Bien sûr, une différence est notable dans le champ de la réglementation des relations homosexuelles. Même si de telles réglementations sont en place dans les 2/3 des États membres de l’UE, elles sont inexistantes dans les Balkans occidentaux. Les gouvernements de la région sont tout à fait conscients que faire passer de telles lois est devenu une obligation en 2015 lorsque la Cour européenne des droits de l’homme a rendu son jugement dans Oliari et autres c. Italie. Malgré les promesses, il n’y a toujours aucun progrès sur ce sujet.

D’après les résultats d’une large étude régionale conduite par Civil Rights Defenders (Défenseurs des droits civiques) et ses partenaires, 45% à 70% des citoyens de la région croient que l’homosexualité est une maladie (le plus haut pourcentage étant en Macédoine, en Serbie et au Monténégro), et un fort et inacceptable pourcentage de citoyens croient que les membres de la communauté LGBT devraient être punis physiquement ou qu’ils ne devraient pas exprimer publiquement leur identité. De l’autre côté, plus de la moitié des membres de la communauté LGBT ont été victimes de violence verbale, ce pourcentage étant le plus haut en Bosnie-Herzégovine (72%), Albanie (76%) et Kosovo (81%). Les données sur les attaques physiques sont également décourageantes, particulièrement lorsque l’on tient compte du fait que dans de nombreux cas, des camarades de classes sont les auteurs de telles attaques et que les membres de la communauté LGBT n’ont aucune confiance dans la police et dans la justice.

La violence et les discriminations restent les deux principaux problèmes auxquels fait face la communauté LGBT dans la région. La grande majorité de la communauté décide de dissimuler son orientation sexuelle par peur d’être roué de coups, discriminé au travail ou en essayant d’accéder à des services publics. Cependant, le coeur du problème n’est pas que ces incidents se produisent, ils sont présents dans toutes les sociétés, le problème se trouve dans la réaction inacceptable de lenteur de la police, des procureurs et des cours de justice, lorsqu’ils réagissent. Pour les membres de la communauté LGBT, l’accès à la justice dans la région n’est pas la règle mais l’exception. Même si cela pourrait être dit pour les autres citoyens, la réalité est encore pire pour les membres de la communauté LGBT. La grande majorité d’entre eux ont peur de rapporter les violences et les discriminations auxquelles ils font face, par peur des réactions de leurs familles ou de leurs employeurs. Le petit nombre d’entre eux qui décide tout de même de rapporter ces incidents fait souvent face à des commentaires ouvertement homophobes de la part de la police et à des commentaires de soutien envers leurs agresseurs. En tant que personne qui a fait des dépositions auprès du Procureur Public pour menaces, j’ai dû affronter le fait que le procureur ne sait pas ce qu’est un crime de haine, quel article de la loi est concerné et comment cet article devrait être appliqué, même s’il est présent dans le système législatif serbe depuis cinq ans. Si le cas est tout de même présenté devant une cour, la procédure prend beaucoup de temps, sans regard pour la peur ressentie par la victime lorsqu’elle est confrontée avec son agresseur pendant le procès.

Dans cette situation, la première étape nécessaire a été franchie. Nous sommes à un moment où des efforts sont faits pour accroître la sensibilisation aux violations des droits de l’homme LGBT en renforçant la visibilité dans tous les pays de la région. Ceci est principalement fait à travers l’organisation des Marches des Fiertés (Monténégro, Serbie, Kosovo) ou d’événements similaires (Albanie). En Macédoine et en Bosnie-Herzégovine, la communauté LGBT travaille également à la préparation de ces événements. Même s’il y a un manque de compréhension pour les « manifestations publiques de l’orientation sexuelle », les recherches montrent l’importance d’accroître cette visibilité sur une plus longue période. De plus, connaître une personne LGBT affecte clairement la conscience des violences et discriminations contre cette communauté. Les Marches des Fiertés sont désormais une réalité et, ainsi, le problème des droits de l’homme de la communauté LGBT est sur la table lors du processus d’intégration européenne.

La prochaine étape est la reconnaissance légale des relations homosexuelles annoncée par tous les pays de la région. Des mesures concrètes dans ce sens ne sont pas encore à l’agenda.


Goran Miletić

Goran a un master de droit de l’Université de Belgrade et une maîtrise universitaire des lettres en Démocratie et Droits de l’homme du Master européen régional de Sarajevo. Il a commencé à travailler pour Civil Rights Defenders en 2004 en tant que directeur des programmes pour les Balkans occidentaux. Il est aujourd’hui directeur pour l’Europe. Goran est basé à l’office régionale pour l’Europe à Belgrade.

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