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Pas de liberté pour les LGBTQI+

La Croatie, la Slovénie et le Monténégro ont aboli le crime de relations homosexuelles consensuelles entre adultes en 1977. Les autres pays d’ex-Yougoslavie et l’Albanie ont fait de même dans les années 1990. Mais aujourd’hui, la population LGBTQI+ (lesbiennes, gays, trans, en questionnement, intersexe et plus) est encore très loin de jouir des mêmes droits que le reste de la population.

Jovan Ulićević est un activiste trans de Podgorica, Monténégro, passionné par les droits de l’homme et l’égalité des sexes. Marija Vuletić de Sarajevo, Bosnie, aimerait voir le jour où tenir la main de sa petite amie ne serait plus un acte politique. Bekim Asani de Tetovo, Macedonia, considère sa mission de changer la société pour le meilleur, pour le bénéfice de la communauté LGBT mais aussi le bénéfice de tous.

Balkanoscope: Parlez-nous de vous. Que voudriez-vous que les gens sache sur qui vous êtes?

Jovan Ulićević: C’est une question très compliquée. Je suis principalement un garçon du coin, de Podgorica. J’étais aussi biologiste mais mon activisme prend tout mon temps maintenant. Je pense que cela représente la plus grosse part de mon identité. Ma famille est ici, mes amis aussi. Podgorica est une petite ville où tout le monde se connaît et rester ici en tant qu’activiste trans, quand les jeunes quittent massivement le pays, a été un acte politique majeur pour moi.

Marija Vuletić: Je suis née et j’ai grandi à Sarajevo. La famille de mon père vient du Monténégro donc j’ai un peu de ça en moi aussi. Je suis une féministe, une activiste, une lesbienne, une traductrice, une athlète de crossfit, une coureuse. Je pense que je suis une bonne fille et une bonne amie… Tout ça, c’est un tas de mes identités. Simplement, je suis une femme de Bosnie qui vit de son activisme depuis presque dix ans. Je ne suis pas le genre de personne qui dit : « Salut je suis lesbienne, je suis Marija ». Je n’aime pas faire ça. Je suis fière d’être lesbienne mais c’est ma vie privée et j’aimerais parler d’autres choses. Par exemple quels sont mes centres d’intérêts ? Suis-je une bonne traductrice ? Pourquoi j’aime courir ? Pas la peine de tout ramener à mon identité lesbienne. Genre, personne ne vous aborde en disant : « Tu ne serais pas hétéro, par hasard ? ».

Bekim Asani: Je suis né et j’ai grandi à Tetovo, une ville de multiple cultures et identités, où un conflit a eu lieu en 2001. C’est un endroit où il y a beaucoup de problèmes, mais aussi beaucoup de gens avec des idées intelligentes. Je suis heureux et fier de vivre à Tetovo car je considère être ma mission personnelle de changer les choses pour tout le monde ici, pas seulement pour les personnes LGBT. Je suis aussi fier de mes différentes identités : Albanais de Macédoine, musulman, gay, enfant adopté… J’essaye de les combiner dans mon travail parce que dans une société comme la nôtre, les gens appartiennent à plusieurs identités, pas à une seule. Et dans la plupart des cas les gens ne souffrent pas que d’une forme de discrimination mais de plusieurs.

Balkanoscope: Quand vous êtes vous rendu compte que vous ne rentriez pas dans le cadre de la société traditionnelle, hétéro et patriarcale ?

JU: Quand j’ai commencé l’école. Avant ça, les différences entre garçons et filles ne sont pas très visibles. La stricte division commence à l’école et à partir de ce moment-là, j’ai commencé à résister à toute forme d’attente. En 2015 j’ai été opéré (chirurgie de réassignation sexuelle, ndlr) et c’était un moment fondamental. Je pensais que ce serait juste un point technique, mais c’était bien plus que ça. Après l’opération j’ai pu obtenir une nouvelle carte d’identité et j’ai même commencé à faire l’expérience des privilèges masculins dans cette société patriarcale et de comment les gens vous perçoivent quand vous êtes un homme trans qui passe très bien pour un homme. C’est pour cela que j’ai trouvé très important d’être vocal et ouvert à propos de mon identité trans, parce que j’ai compris que mon apparence masque mon identité et je ne le souhaite pas.

MV: Au lycée. J’ai réalisé que j’avais un problème avec les gens, des hommes généralement, qui dévalorisent les femmes simplement parce qu’elles sont des femmes. Lorsque j’avais 15 ans, je suis tombée amoureuse pour la première fois, d’une fille, et au même moment ma meilleure amie m’a fait son coming out donc nous avions ce merveilleux système de soutien l’une pour l’autre durant ces années. Mon expérience est positive. Je souffre de discriminations à un haut niveau, par exemple je ne peux pas épouser ma petite amie, mais quand j’ai fait mon coming out à tout le monde, y compris aux professeurs, personne ne m’a attaquée directement. Ils parlaient probablement dans mon dos, mais rien en face. À part ce garçon qui, j’ai appris plus tard, était amoureux de moi. Un jour il m’a dit : « tu es lesbienne seulement parce que tu ne peux pas trouver de mec ». J’ai répondu : « d’accord, mais je sais que je peux toujours te trouver toi ». Il était tellement embarrassé, c’était drôle et triste à la fois.

BA: Je me suis toujours senti différent. J’ai toujours eu besoin de me disputer à propos de quelque chose, j’ai toujours été le rebelle de la famille. Et j’ai pris davantage conscience de cette différence quand j’avais 16 ou 17 ans car je n’étais pas attiré par les filles comme tous mes autres amis, ils leur criaient des choses, leur faisaient des compliments… Je restais silencieux. Mais c’était peut-être mon côté féministe, j’ai toujours été contre les gens qui regardent les filles comme des objets sexuels. D’une certaine façon j’ai toujours été out avec mes amis proches… J’ai eu la chance d’avoir des amis ouverts d’esprit pour me soutenir. Les problèmes ont commencé quand je suis devenu un activiste.

Balkanoscope: Comment êtes-vous devenu un.e activiste et comment cela affecte-t-il votre vie ?

JU: J’ai commencé en 2011, en gros quand j’ai fait mon coming out. Nous avons commencé à réclamer la mise en œuvre de la loi sur la sécurité sociale qui a été adoptée en 2012. Cette loi permet que 80 % du coût de la transition soit couvert par l’État. C’est comme ça que les droits trans ont commencé ici. J’ai commencé de façon timide à défendre cette loi mais je suis devenu plus fort et plus visible après ma transition car je pouvais me dédier pleinement à la cause. Je suis l’un des fondateurs de Queer Montenegro, du Trans Network Balkan et finalement en 2016 de Spectra, la première organisation trans du Monténégro. Là, maintenant, c’est plutôt cool pour moi. Un cercle de protection s’est formé autour de moi à cause de ma visibilité. Avant cela, j’ai connu beaucoup de violence, principalement psychologique et verbale. Aujourd’hui c’est rare et seulement de la part de certaines personnes de cette ville.

MV: Quand j’avais 17 ans je suis allée voir une exposition à Sarajevo, un peu par accident, à propos du corps des femmes. J’étais assise dehors en train de fumer et cette femme est venue me voir et m’a dit : « Salut, tu veux rester pour un atelier ? ». C’était tellement bizarre parce que les gens en Bosnie ne font pas ça, tu rencontres quelqu’un seulement introduit par quelqu’un d’autre. Cette femme, c’était Lepa Mladjenovic, une légende du mouvement dans l’ex-Yougoslavie. J’ai des frissons à chaque fois que je raconte cette histoire. Je suis restée trois jours, c’était Pitchwise, le festival annuel d’art et d’activisme des femmes à Sarajevo, organisé par la Fondation Cure (qui veut dire « filles » en bosnien). C’est une organisation féministe. C’était la première fois que je trouvais un espace où je pouvais dire que je suis lesbienne et où personne ne me posait de questions. C’était un formidable refuge où j’ai senti qu’enfin j’étais à ma place. Puis, en 2010, je suis venue ici, à Belgrade et j’ai rencontré des femmes lesbiennes en dehors de Sarajevo pour la première fois. J’avais presque vingt ans. C’était la première Pride (marche des fiertés, ndlr.), c’était horrible, violent et très effrayant pour moi. Mais c’était aussi stimulant. J’y ai rencontré certains de mes plus proches amis. Après ça, tout s’est mis en place naturellement. J’ai rencontré toute l’équipe de Cure et j’ai commencé à travailler avec eux. Quand tu promeus les droits des femmes c’est disons plus facile, dans le sens où quand je dis que je suis féministe les gens ne vont pas être violents. Ils vont me questionner, certains vont s’énerver mais ce ne sera pas aussi violent que quand je dis que je suis lesbienne, que je défends les droits des LGBT et mes amis gay.

BA: Nous avions un endroit secret pour nous rassembler entre gays et regarder des films, faire la fête. En 2012 nous avons décidé d’enregistrer LGBT United, un endroit où les personnes de toutes origines, religions, nationalités, peuvent se rassembler. En 2013 la communauté est devenue plus visible et et j’ai commencé à me montrer à la télévision et à donner des interviews. C’est là que les menaces, les discours haineux et les attaques ont commencé. Cette année là j’ai été kidnappé pendant six heures par un groupe de personnes. Ils voulaient me faire peur, savoir qui d’autre était avec moi et si nous recevions des millions pour être LGBT… Après ça j’ai fait une dépression mais après quelques mois, je me suis remis et je suis revenu plus fort et plus actif. En 2015 j’ai fait un discours à la Pride d’Amsterdam et il y a eu des inondations à Tetovo. Plusieurs personnes sont mortes. J’ai été accusé d’être responsable des inondations, comme si c’était une punition de Dieu à cause des personnes LGBT. J’ai refais une dépression, j’ai dû me cacher… Mais encore une fois, je suis revenu plus fort. Et cette année, nous voulions organiser un Iftar queer. J’ai reçu tellement de menaces, y compris avec mon adresse, que j’ai dû fuir Tetovo avec ma famille et nous avons dû fermer le centre pendant un mois.

Balkanoscope : D’après le projet Outspoken de l’UNDP, au Monténégro 51 % des LGBTI ont été psychologiquement ou verbalement harcelés par leur famille, leurs amis, leurs collègues ou autre. En Bosnie seuls 18 % disent trouver du soutien dans leur famille. Comment vivent les membres de la communauté LGBT dans votre pays ?

JU: C’est plus difficile pour les femmes trans par exemple, parce que c’est impardonnable dans cette société pour un homme de vouloir être une femme. Dans ce sens, les lesbiennes et bisexuelles féminines sont plus acceptées que celles qui ne se conforment pas à la culture masculine dans leur comportement et leur aspect. Ça tient beaucoup à l’attitude et à l’apparence. Ces dernières années la communauté est devenue plus forte, mais nous avons aussi enregistré plus de violence cette année. Nous avons en ce moment un débat public sur le mariage homosexuel et le droit à l’avortement et cela tend l’atmosphère. Un homme gay, un créateur de mode, a été tabassé dans le centre-ville, ce qui est rare. Une fille lesbienne a été harcelée par un homme, il a détruit sa voiture et a révélé son orientation sexuelle à sa famille. Une femme trans a été suivie dans la rue et attaquée physiquement, elle a réussi à courir jusqu’à un supermarché où elle savait qu’il y avait des caméras et l’homme a continué à la frapper. Personne n’a réagit sauf un mec, jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’elle est « un homme », ensuite il a dit à son agresseur de continuer.

MV: J’ai vu la haine que l’on nous porte lorsque je suis allée à la marche des fiertés. Et j’ai réalisé que mon existence, le simple fait que la communauté LGBT existe, est un acte politique. Maintenant je vois la discrimination qui s’opère partout. Nous devons promouvoir les lois, obtenir la liberté de nous rassembler, l’union civile, nous devons parler de l’emploi, de la santé, de tout un tas de chose qui actuellement n’existent pas. Par exemple lorsque tu vas chez le médecin dans le système public, pour lequel tu payes des impôts, le gynécologue te met dehors si tu dis que tu es lesbienne. C’est de la discrimination de base, c’est ridicule. Et parler de l’orientation sexuelle est toujours plus facile que de parler d’identité de genre. Une personne trans doit constamment faire son coming out partout pour expliquer pourquoi son nom n’est pas le même que sur sa carte d’identité. Et l’État ne couvre pas du tout la chirurgie pour la réassignation sexuelle. Même quand il y a des lois contre les discriminations, les gens chargés de les mettre en œuvre, la justice, les procureurs, la police, ne font rien. Nous sommes actuellement en train de les éduquer sur nos droits, un par un.

BA: 99,99% d’entre eux vivent une double vie. Ils se cachent, même de leurs parents. Les gens ont peur de nous soutenir parce qu’ils peuvent devenir des cibles, être menacés… Les gens peuvent perdre leur travail parce qu’ils sont LGBT. Mais je crois que le fait de venir dans notre centre a fait beaucoup pour l’éducation. Et nous avons aussi fait beaucoup pour l’éducation de la société, pour expliquer que nous ne voulons pas juste le mariage gay et adopter des bébés. Ce n’est pas ça que nous demandons, en tout cas pour l’instant. Il s’agit de notre liberté.

Balkanoscope : Les LGBTQI+ ont-ils de la place dans l’espace public ?

JU: Il y a quelques bars où nous savons que nous pouvons aller. Ils ne se disent pas ouverts aux LGBT mais nous savons qu’ils ne sont pas contre nous. Certains membres de la communauté sont publiquement out et nous allons dans certains endroits, mais il n’y a jamais aucune garantie de sécurité. Tout récemment, un homme à mis un coup de poing à un mec qui était assis avec deux filles en train de s’embrasser. Le drop-in center (centre d’accueil où Jovan travaille, ndlr.) est le seul endroit qui assure la sécurité. Il a été ouvert au départ pour de la prévention contre le VIH, mais il s’est développé en un endroit où nous pouvons nous rassembler, nous donnons par exemple des préservatifs, nous organisons du soutien psychologique, des ateliers, nous y faisons aussi des fêtes…

MV: Il n’y a pas de communauté cohésive ici, tout est centralisé à Sarajevo ce qui veut dire qu’il n’y a aucun endroit où se rencontrer et s’éduquer dans les autres villes. Il y a quelques endroits à Sarajevo où je peux aller avec ma petite amie. Mais on ne peut jamais savoir sur qui on va tomber, qui va être violent ou grossier. La Bosnie n’est pas un endroit sûr pour tenir la main de son ou sa partenaire.

BA: Nous n’avons pas de liberté de mouvement, d’exprimer notre affection, d’être out au travail et à l’école. C’est ce dont nous avons besoin. Les gens ne comprennent pas quand je leur dis que je ne peux pas marcher pour rentrer chez moi parce que je ne sais pas si quelqu’un va m’attaquer, me jeter des pierres… Mais nous avons eu deux événements publics. L’un était pour la journée internationale contre l’homophobie et la transphobie dans le centre-ville avec une marche et en 2017, nous avons eu pour la première fois le week-end Tetovo Pride, un événement sur trois jours à la galerie municipale et nous étions tellement contents parce qu’au moment de l’ouverture, nous craignions que personne ne viennent mais nous avons eu 70 personnes.

Balkanoscope : Pourquoi est-ce si difficile pour la société d’accepter les personnes LGBT ?

JU: Il y a plusieurs facteurs qui causent la violence, par exemple les drogues et à Podgorica depuis quelques années il y a un accroissement de leur usage, à cause du manque de perspective et de leur prix très bas. Ce genre de problème cause aussi des comportements violents et imprévisibles chez certaines personnes. Je pense personnellement que l’homophobie et la transphobie ne seraient pas aussi fortes si l’économie se portait mieux. La situation empire et les gens expriment leur frustration violemment contre différents groupes. Ajoutez à cela le patriarcat et la culture masculine… Ils pensent toujours que ce n’est pas normal, surtout quand ils ne connaissent personne qui fait partie de la communauté. Mais je vois de plus en plus de personnes éduquées. Surtout tenu compte du fait que le mouvement n’existe que depuis dix ans, ce n’est pas très long.

MV: Les gens ont peur de ce qu’ils ne connaissent pas et lorsque vous avez peur, vous avez tendance à vous défendre. Je pense que la société bosnienne est très patriarcale et traditionnelle, la religion est très répandue et les gens ne veulent rien accepter de différent et “bizarre”. Ils sont habitués aux normes patriarcales, les hommes étant au centre du pouvoir et tout ce qui interfère avec cela est une chose que la société ne veut pas accepter.

BA: Notre société est tellement connectée à la religion, musulmane et chrétienne, et est tellement patriarcale. Nous avons vécu pendant dix ans sous un régime qui contrôlait les médias et à chaque fois qu’ils parlaient des personnes LGBT, c’était d’une façon négative, ils ne montraient jamais nos vrais problèmes et ne faisaient que nous attirer plus de haine. La population en général n’est pas au courant. Et c’est plus facile de haïr quelqu’un que de le rencontrer. Mais les choses sont en train de changer. Par exemple une des personnes qui m’a menacé m’a écrit plus plus tard qu’il a fait une erreur, qu’il était en colère. Ses parents l’ont fait s’excuser. Et aussi pour la journée internationale contre l’homophobie et la transphobie l’année dernière, j’ai vu que la moitié de mes amis Facebook ont montré leur soutien, avant ils avaient trop peur de le faire.

Balkanoscope : Le Kosovo a célébré sa première Pride officielle en 2017. En Serbie, le souvenir des violences de 2001 plane sur chaque marche depuis leur reprise en 2010. Elle est encore impossible en Bosnie. Ce moment est une occasion particulière de parler des droits LGBT, mais aussi pour les autorités de se montrer une fois par an sous un meilleur jour. Qu’en pensez-vous ?

JU: C’est une sorte de marché. Le gouvernement va l’utiliser pour l’intégration à l’UE, mais j’aime beaucoup la Pride car cela renforce la communauté, cela veut dire reprendre possession de l’espace et de la « fierté ». La fierté est quelque chose de profondément ancré dans la culture monténégrine, c’est pourquoi nous avons eu une Pride avec le slogan « Fier Monténégro » et avec une moustache en logo. Cela signifie reprendre possession de l’espace, de la culture, de l’identité, des normes traditionnelles. Nous avons notre sixième marche en septembre 2018 et nous travaillons pour en faire une partie intégrante de la vie de la ville.

MV: C’est un impératif pour moi. C’est important parce que la marche à Sarajevo, à Podgorica, à Belgrade, n’est pas une célébration mais une protestation. Nous n’avons pas eu le droit dans le passé de nous rassembler publiquement pour le droit des groupes marginalisés et spécifiquement des LGBTI. En tant que citoyens de Bosnie et que contribuables, nous devrions avoir ce droit. Les LGBTI n’ont aucun droit dans aucune sphère de leur vie et les gens doivent savoir cela, qu’il y a un grand groupe de personnes qui voient leurs droits primaires humains leur être refusés. Nous devons être plus visibles, particulièrement parce que les gens en dehors de Sarajevo, dans les villages, ne savent pas ce que sont les LGBTI et il y a sûrement des gens dans ces villages qui pensent être les seuls.

BA: C’est un événement politique ici, pas une fête. Nous ne sommes pas en France ou aux Pays-Bas, ici c’est la Macédoine. Lorsque nous voulons organiser une Pride, nous devons demander au gouvernement ce dont nous avons besoin et présenter nos exigences à travers la Pride. Je la soutiens parce que nous avons besoin de faire passer notre message. Lorsque nous aurons une communauté forte, la Pride pourra être une fête.

Balkanoscope : Voyez-vous une amélioration ? Quelles sont les priorités aujourd’hui ?

JU: Ça s’améliore, c’est certain, mais ce n’est pas une progression linéaire. Nous collaborons très bien avec les institutions, la police, le gouvernement… Mais les discriminations continuent de se produire. La priorité pour les trans serait la reconnaissance du genre basée sur l’auto-détermination, mais je ne pense pas qu’il y ait une chance que cela se produise. Les autorités n’adopteront que les changement requis par l’UE et les lois internationales, donc le diagnostique médical continuera d’être requis. Les autorités se vantent constamment d’être les leaders dans la région, mais je ne veux pas être plus optimiste que de raison.

MV: C’est difficile de choisir une priorité, c’est un choix égoïste. La marche des fierté en est une. L’adoption d’un cadre législatif pour les droits LGBTI en est une autre. Améliorer la qualité de vie des LGBTI, une autre. Une fois lors d’une interview, une femme m’a demandé quelle serait la situation idéale : ce serait que je n’ai plus besoin d’en parler. D’avoir simplement les mêmes choses que les hétéros. Les choses vont bouger, j’en suis certaine. Mais c’est un processus tellement lent, je ne suis pas sûre d’être encore en vie lorsque lorsque ces changements se produiront mais ce n’est pas grave, nous avons conscience de ça.

BA: La loi contre les discriminations est définitivement la priorité. Nous avons aussi besoin de nous concentrer davantage sur expliquer aux gens ce qui est dans la loi et comment ils peuvent rapporter des discriminations. Et nous devons informer les institutions et la population. Pour l’instant très peu de cas ont été rapportés parce que les gens ont peur et ne font pas confiance aux institutions. Mais nous avons fait beaucoup de progrès en seulement six mois, depuis que le nouveau gouvernement a pris le pouvoir. Les institutions ont davantage conscience qu’elles doivent nous protéger. Il y a de l’espoir et c’est pour ça que je n’ai jamais quitté le pays malgré tout ce qui m’est arrivé.


Tout propos recueillis par Marion Dautry

Une initiative conjointe de
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